Au sommet de mon échec à la fac, j’ai eu une période de découverte tardive des joies de la randonnée, à ma petite échelle. Au-delà des rêves de voyages en solitaire que je n’ai jamais réellement eu le courage de concrétiser, les sorties à la journée ou sur plusieurs jours — mais toujours en solitaire la majeure partie du temps — se sont enchainées pendant un an ou deux sur les sentiers de randonnées des côtes bretonnes, et parfois un peu les sentiers forestiers.
Le plus agréable pour moi s’est révélé le bivouac. Après une ou deux expériences avec une vieille tente aussi lourde que peu commode, mon choix s’est arrêté sur un mélange entre hamac quand les conditions s’y prêtaient, et nuit à même le sol sur un simple tapis de mousse. Et dans les deux cas, pas de protection contre la pluie, pas de bâche, pas de toile de tente, juste un simple sur-sac étanche pour protéger le duvet. Le principal inconvénient de ce choix était, étonnamment, odorant. Je n’ai jamais su si c’était un problème de propreté du sur-sac, du duvet ou une combinaison des deux, mais chaque nuit passée dans ce couchage me réveillait avec une odeur légèrement désagréable qui s’incrustait dans les vêtements, que je ne quittais d’ailleurs pas durant toute la durée de l’excursion. Pendant les sorties de trois ou quatre jours à Crozon en plein été, il ne devait pas sentir bon me croiser sur les chemins.
Mais l’avantage incomparable de ce choix, c’est la beauté de la nuit à la belle étoile. Près de quinze ans après, j’y repense souvent, rêvant de me réveiller encore une fois au petit matin, seul dans ce bois de pins en plein milieu de la presqu’île de Crozon, prêt à attaquer une nouvelle journée de marche sous le soleil timide du mois d’avril. Ce ciel bleu au travers des nuages d’épines résineuses vingt mètres en dessus de ma tête, le parfum entêtant des conifères, le moelleux du tapis entre les arbres au milieu duquel j’avais installé mon fin matelas. J’ai dormi quatre ou cinq fois dans ce bois. J’espère y retourner un jour. Peut-être avec les enfants ?
Laisser un commentaire